Bonjour à tous,
En 1957, un certain Charles Wood qui travaillait pour la défense US dans un labo de recherche, eut la surprise de constater ceci :
- un signal sinus écrêté D'UN SEUL COTE donc dissymétrique, ne donne pas du tout le même effet subjectif, selon qu'on écrête les alternances positives (en haut) ou les aternances négatives (en bas).
- non seulement le timbre parait différent, mais l'effet n'est pas le même, le son paraissait **plein** ou **creux** selon le cas.
Baptisé **Wood-Effect** ce phénomène fit l'objet d'une parution dans le journal de l'AES en 1962, et il fallut attendre 1991 pour que Clark Johnsen en fasse mention dans une autre étude publiée à l'AES.
Cette dissymétrie audible, on la retrouve dans de nombreux signaux audio : l'onde issue d'un instrument de musique n'est pas symétrique, mais au contraire elle montre souvent des pics de pression positive intenses, et des creux de pression négative moins importants.
Je montre en exemple ci dessous un oscillogramme d'une note de trompette, obtenu en sortie du DAC, à partir d'un disque test Chesky-Records vol.1 JD37 plage 14 (solo trumpet, normal polarity).
On y voit très bien la différence d'amplitude entre pics positifs et pics négatifs. Par moments les pics positifs sont 3 à 4 fois plus grands que les négatifs.
Evidemment, si la polarité est inversée n'importe où dans le système, le signal est **retourné** et les pics sont donc inversés.
Le timbre change à peine, paraissant un tout petit peu plus lisse, en revanche l'effet subjectif est totalement différent :
- attaques molles, sans aucun mordant
- difficulté à localiser l'instrument dans l'espace
- impression d'un rideau devant l'instrument
- le son parait creux et plat et manque de brillance
Cette **polarité** du signal, liée à sa dissymétrie, est donc très importante et doit être respectée d'un bout à l'autre du sytème de reproduction.
Malheureusement il est très facile de perdre cette information, au cours du processus :
- les micros de prise de son ne sont pas nécessairement tous mis en phase, c'est à dire branchés avec la même polarité : certains d'entre eux vont donner une tension positive quand la pression acoustique instantanée est positive, et d'autres donneront dans les mêmes conditions une tension négative...
- les préamplis de micro inversent parfois la phase
Cette polarité peut également être inversée à n'importe quelle étape du mixage, du mastering : l'enregistrement sur votre CD ne respecte pas à coup sûr cette polarité.
Pire : sur la même plage, un instrument peut être enregistré avec la polarité normale, et un autre en polarité inversée !
Dans ce cas, l'inverseur de polarité (0 / 180°) dont votre DAC est peut-être équipé vous permettra de constater que ni dans un cas ni dans l'autre le résultat n'est satisfaisant...
Mais ce n'est pas le pire : dans vos enceintes acoustiques se trouve un filtre de séparation, chargé d'aiguiller les différentes fréquences vers les HP concernés.
Il est d'usage pour les filtres d'ordre deux et trois de brancher les HP en inversant la polarité pour l'un d'eux, généralement celui qui est relié à la cellule passe-haut du filtre.
C'est ainsi que pour une enceinte deux voies, on branche le boomer en polarité normale et le tweeter en polarité inversée.
La justification mathématique est donnée par l'explication suivante : les sorties passe-haut et passe-bas du filtre sont déphasées (décalées dans le temps) de 180° pour un filtre d'ordre deux. en branchant un HP **à l'envers** on introduit un déphasage de 180° qui annule celui du filtre, et les HP sont alors en phase.
C'est très bien sur des sinus, pour lesquels en effet un déphasage de 180° ou un retard d'une demi-période sont des choses rigoureusement équivalentes.
Mais si mon signal est dissymétrique, comme la note de trompette ci dessous, croyez-vous que le **retourner** en inversant sa polarité soit équivalent à le **retarder** ??
Surement pas : les pics de pression seront inversés, c'est tout ce qu'on aura obtenu...
Sur mon système, les HP sont tous branchés en polarité normale, et les retards introduit par les filtres sont compensés par des retards obtenus en reculant les voies supérieures.
Cette méthode est **gentiment** qualifiée d'obsolète par certains spécialistes auto-proclamés, qui préfèrent calculer le temps de propagation de groupe, et obtenir une variation minimale de ce dernier.
Malheureusement, la mesure de ce **group-delay** ne tient pas compte du signe de la pression acoustique : cette pratique amène à aligner sur l'axe du temps les fronts de pression des différents HP, que ces fronts soient positifs ou négatifs !
Je ne suis pas d'accord avec cette méthode, je préfère un alignement tel que je le décris dans **Bien Entendu**.
La seconde photo ci dessous donne le résultat (le meilleur que j'aie pu capter) obtenu en disposant à 1m devant le pavillon médium, un sonomètre linéaire (kit décrit dans Elektor) avec sortie ligne, relié à l'osilloscope.
Le signal est moins beau qu'en sortie de DAC, j'en conviens, et on remarque un très léger dédoublement des pics positifs. Ce défaut disparait si je positionne le micro en face du tweeter, mais alors on est en dehors du lobe rayonné par le pavillon médium.
Mais essayez voir avec un filtre habituel, et branchement du tweeter en polarité inversée : vous aurez des pics presque symétriques, ce qui ne respecte pas la forme de l'onde, et la comparaison des plages 14 (polarité normale) et 16 (polarité inversée) ne donnera plus aucune différence audible !
J'ai profité de cette manipulation pour établir une estimation de la dynamique **contenue** dans le signal audio.
Avec un signal sinusoïdal pur à 1kHz, j'ai ajusté le volume pour que le sonomètre affiche 90dB (mesure avec un temps d'intégration de 1 sec).
L'oscilloscope a été réglé pour que la trace montre une amplitude crête-à-crête de 1 carreau, et cette amplitude sera prise comme référence.
Lorsque la note de trompette prise en photo a été jouée, le sonomètre indiquait 78dB, et c'est le niveau SPL moyen pendant la durée de cette note soutenue, environ 2 secondes.
On voit sur l'oscillogramme de cette note, que l'amplitude crête à crête est de 3 carreaux, ce qui correspond en gros à +9,5dB au dessus de la référence : les pics sont donc à 99,5dB SPL.
On constate donc que l'onde sonore, pour cette note de trompette, **contient** une dynamique de plus de 20dB.
C'est donc un facteur de forme très élevé !
(de l'ordre de 10).
Sur des sons de percussions le facteur de forme est encore plus sévère, mais la brièveté de ces sons ne m'a pas permis de photographier leur forme.
La dynamique instantanée et la phase absolue sont pour moi des impératifs à respecter sans concession.
Bonne écoute
Francis



