Bonjour David,
1/JC Tornior de hifi câble dit que la pureté métallique des conducteurs n’est qu’un argument commercial et que la recherche de pureté à tous prix crée des problèmes de résonances.
Les éventuelles résonances sont liées aux caractéristiques HF de la ligne entière, lesquelles ne dépendent quasiment pas des métaux utilisés, mais beaucoup plus des diélectriques employés. En gros on peut dire que la géométrie de la ligne influe sur son inductance L, et la permittivité du diélectrique sur sa capacitance C.
Si résonance il y a, sa fréquence dépend de l’inverse du produit LC :
Fr = 1 / (2?v LC)
Et la surtension de cette résonance est Q = (1 / R) v (L / C)
A la rigueur on peut dire qu’avec une ligne plus résistive les résonances sont moins marquées…
Mais alors l’équipotentialité des masses n’est plus assurée avec une telle ligne !
Note : L’expérience montre que la moindre résistance de contact au niveau des prises produit une remontée audible du bruit de fond basse fréquence… 0,1 ohm suffisent !
L’utilisation de lignes peu résistives et de connecteurs argentés ou dorés est donc une obligation sur les systèmes à haut rendement, où tout bruit même très faible devient audible.
2/Sur ton câble de modulation le blindage est commun aux deux polarités. Sur les éclatés de hifi câbles justement on voit que chaque polarité est emballée dans son blindage particulier ce qui me semblerait à priori meilleur vis à vis de l’immunité aux parasites induits par le cordon de modulation himself. Cette réflexion m’est venue lorsque j’ai mis cet été ma maison en réseau et que j’ai vu qu’entre le cat5 et le cat6 la différence principale était que le cat 5 était immunisé des pollutions extérieures par un feuillard entourant l’ensemble des paires tandis que le cat 6 avait un feuillard particulier à chaque paire ce qui protège les conducteurs des influences extérieures mais aussi de l’autoparasitage lié au fonctionnement du câble lui-même.
**Un feuillard particulier à chaque paire** c’est bien de cela qu’il s’agit ! Et non un blindage pour chaque conducteur.
Je cite A. Charoy, Dunod **parasites et perturbations des électroniques** tome 3, page 150 :
**Si l’on remplace le coaxial par une paire symétrique, on obtient l’effet réducteur de la liaison en multipliant l’effet réducteur de l’écran par le rapport de réjection de mode commun de la paire. La réjection du mode commun d’une paire est limitée en BF par la symétrie de son étage d’entrée et en HF par les inévitables dissymétries de la paire elle-même. La symétrie d’une paire diminue avec la fréquence tandis que l’effet réducteur de son écran s’améliore. On peut donc obtenir une excellente protection sur toute la gamme des fréquences : par une liaison en PAIRE bifilaire symétrique (aussi appelée équilibrée) en BF et par l’effet réducteur de son écran en HF.**
En clair, comme il faut se protéger à la fois des ronflettes 50Hz induites sur les câbles, et des parasites HF qui créent de l’intermodulation, on doit transmettre le signal audio par des PAIRES blindées.
Note : si chaque conducteur est blindé séparément, comme les deux blindages sont tous deux reliés à la masse, cela revient en BF exactement au même qu’un blindage unique ! Mais comme les blindages ne sont reliés à la masse que d’un seul côté (sinon on crée une boucle de masse, donc une ronflette) alors en HF les extrémités **libres** des deux blindages (sans contact entre elles) ne sont plus exactement équipotentielles. Une tension HF est donc couplée sur la ligne, la protection HF est moins bonne qu’avec un unique blindage. D’autre part la capacité parasite sera probablement plus élevée avec deux blindages, et l’inductance aussi car les deux conducteurs actifs seront plus éloignés. Et je ne vois pas trop comment torsader ces deux conducteurs dans le cas où ils sont blindés séparément…
Cette technique revient à faire du double-coaxial. J’avais fait quelques essais avec des câbles Mogami, en descente de platine 33 tours, il y a de cela des années, et j’étais assez vite revenu à des paires blindées de la même marque.
3/Réflexion liée à la précédente : certains sites comme le grand fabricant de transfos suisse audioconsulting ainsi que audioprana affirment que la présence de blindage séduisante sur le papier est néfaste à l’écoute : ils expliquent cela par les courants de Foucauld et recommandent par ex des châssis bois dans lesquels les parasites ne sont pas réfléchis sur les composants et trouvent que leurs câbles sonnent mieux sans blindage. Avec Tornior on est dans l’autre extrême : seul le mumétal serait bon !
Si la paire protégée par l’écran est bien symétrique, ce qui se passe dans l’écran lui est indifférent !
On remarque quand même que si cet écran est relié aux masses aux deux bouts, il est le siège de courant 50Hz entre ces masses, et cela induit dans la paire une ronflette… Même avec une paire presque parfaitement symétrique, on récupère vite quelques millivolts de ronflette 50Hz, ce qui se traduit par un bruit de fond important. (le niveau des signaux les plus faibles est très inférieur au millivolt)
L’écran fonctionne en réfléchissant le champ électrique, donc il suffit qu’il soit conducteur. Une tresse de cuivre, qui est amagnétique, constitue un excellent écran. Toutefois le champ magnétique le traverse, et traverse donc aussi la paire interne !
C’est ce qui se produit en BF où la source de champ est proche (transfos, redresseurs) et à basse impédance. La paire doit donc être torsadée pour que l’induction résultante soit nulle.
Un blindage magnétique, travaillant alors par absorption du champ magnétique, peut améliorer l’immunité aux bruits. Charoy indique page 34 qu’un écran de mumétal d’épaisseur 0,4mm donne un effet réducteur de 200, soit –46dB.
La maille de nickel que j’utilise est moins efficace, mais plus facile à mettre en œuvre, et la symétrie de la paire fait le reste.
Courants de Foucault : en effet, les champs magnétiques vont induire des courants tourbillonnaires dans le blindage. Ces courants vont à leur tour induire des champs électromagnétiques, champs dont la résultante à l’intérieur du blindage sera nulle.
4/Toujours au sujet du blindage de ton câble tu dis que celui-ci induit une capacité parasite qui peut être gênante dans le cas de sorties de préamp passif. Faut il comprendre que pour d’autres cas le petit surcroît de capacité parasite ne s’entend pas de manière négative et/ou que cette faiblesse serait compensée par l’immunité aux parasites apportée par le blindage ?
La capacité parasite est de l’ordre de 120 pF/m et elle ne commence à poser de sérieux problèmes qu’avec des impédances de sortie de l’ordre de 50k. C’est ce qui se produit avec un préampli passif muni d’un atténuateur de 100k, ou d’un transfo élévateur : ce dernier multiplie l’impédance de source par le carré de son rapport !
Ce qui fait qu’un transfo de rapport 1 :10 transforme un lecteur CD d’impédance de sortie 1k en une source d’impédance 100k…
La capacité du câble blindé introduit alors une coupure haute proche de la bande audio, et cela s’entend avec un aigu manquant de brillance, de finesse et d’aération.
Dans ce cas un câble non blindé est préférable, mais l’immunité aux bruits BF est plus faible on ne peut pas tout avoir !
Avec la plupart des appareils audio, une capacité parasite de moins de 200pF introduit une coupure haute supérieure à 500kHz !
5/A ce point de mes réflexions j’en arrive à penser que le blindage pensé comme immunité au parasites « environnementaux » pourrait apporter un plus dans un environnement pollué (proximité d’émetteurs radio, relais GSM, racks hifi pas assez aérés où les appareils voisinent de trop près et se perturbent, où le routage des câbles en arrière du rack est mal conçu etc…) mais plus apporter de défauts dans un environnement où l’éléctrosmog serait maintenu à des valeurs faibles.
Conclusion : entre les inductances, capacités parasites, courants de Foucault etc…on se rend compte que rien n’est bon, rien n’est mauvais tout est affaire de dose et d’accord avec l’ensemble des ingrédients : bref la meilleure solution semble être le compromis.
Dans mon système, j’ai des câbles non blindés entre source et préampli, des blindés entre préampli et filtre actif, des non-blindés entre filtre et ampli de grave et des blindés entre filtre et amplis de médium et d’aigu !
Il a fallu chercher ce qui allait le mieux…
Cela dépend beaucoup du système, des rayonnements par les câbles secteur, les transfos, etc…
6/Polarisation des isolants : est-ce que l’on peut considérer que la polarisation des câbles qui utilise aussi des tresses de blindage entourant les conducteurs permet aussi de blinder les câbles qui en sont équipés ? Dans ce cas là les tresses apportent elles aussi une capacité parasite ? Les tresses doivent aussi capter les perturbations non ? Ensuite j’imagine qu’elles doivent être fortement diminuées par le fait qu’elles sont captées par un circuit électrique continu qui doit les détruire ou les diminuer lorsqu’elles arrivent dans la pile ou le transfo…. Me gourje ?
La tresse étant reliée à la masse à travers l’impédance (non nulle) de la source de tension (pile ou autre) elle sert en effet de blindage, mais son efficacité est réduite par l’impédance de la source de tension. Elle augmente forcément la capacité parasite du câble, ce qui n’est pas fatalement un problème.
Ce qui est gênant ce n’est pas tant la valeur de cette capacité, mais plutôt sa **qualité** : le diélectrique présente une absorption ainsi qu’une hystérésis, et il n’est donc pas linéaire en HF. En présence de bruits HF, la ligne va donc présenter des non-linéarités d’amplitude et de phase, ce qui va se traduire par de l’intermodulation entre le signal utile BF et le bruit HF.
Si l’amplitude de ce bruit HF est modulée, l’étage d’entrée du récepteur va se faire un plaisir de le démoduler pour en extraire des composantes BF s’ajoutant au signal…
Musicalement cela se traduit par un aigu sale et manquant d’aération.
Il est donc très important que la capacité parasite soit la plus **parfaite** possible, les isolants comme l’air (polyéthylène aéré – cellulaire - utilisé sur les coaxiaux vidéo) ou mieux le PTFE apportant un comportement proche de l’idéal.
La polarisation de l’isolant permet aussi de minimiser son absorption diélectrique, en provoquant un déplacement des charges piégées dans le diélectrique, et de diminuer son hystérésis comme l’a démontré Karl A. Weber, voir ici :
http://www.audience-av.com/on_capacitor_dielectric_material.htm
Malgré cette polarisation, les diélectriques polystyrène et PTFE restent imbattables. Autrement dit un mauvais diélectrique est moins mauvais si polarisé…
PS : Peut-être te rappelles tu que je devais changer mes condensateurs sur l’alim de mon ampli et que je n’arrivais pas a trouver les bonnes références. Cambridge audio me propose de les remplacer mais pour moins cher le nouveau catalogue selectronic m’en propose avec une taille légèrement plus grosse (pas de problème ça rentre!) et avec une impédance beaucoup plus faible que ceux d’origine. Est ce que ça ne serait pas mieux d’avoir des condos avec une impédance plus basse ou est ce que ça poserait problème ?
Cela dépend… Si l’alimentation est **basique** avec juste transfo+redresseurs+condos, il n’y a rien à gagner à mettre des condos FRS. Ils vont prendre des courants pulsés plus forts que ceux d’origine, ce qui fait que transfo et redresseurs seront plus sollicités et rayonneront plus !
Et l’ondulation aux bornes du condo (ronflette) sera aussi forte qu’avant, sinon plus. Cette ondulation est la somme de deux phénomènes, charge et décharge du condo d’une part, ce qui crée une tension en dent de scie, et d’autre part tension induite par le courant pulsé de charge à travers l’impédance du condo, ce qui crée des pics de tension tout les 1/100e de seconde.
Avec des condos FRS les pics seront plus pointus, à moins que le transfo ne limite les courants pulsés (par sa résistance secondaire). Le bruit de fond risque d’être plus crépitant qu’auparavant…seul un essai dira ce qu’il en est.
Si maintenant l’alim a une structure en Pi, les condos de tête servant à lisser le courant, et les condos de découplage étant chargés à travers des résistances ou selfs, alors ces derniers condos gagnent à être remplacés par des modèles FRS, capables de fournir des courants modulés plus intenses et avec un dI/dt moins limité. L’articulation dans le grave y gagne.
Ouf ! ça sera tout pour aujourd’hui…
Francis