Mon ampli PA-60, qui a de grandes qualités, a cependant un certain nombre de limitations qui me semblaient corrigeables.
Je citerai ainsi :
- une restitution de l'espace de la scène sonore plutôt restreinte et imprécise, aussi bien en largeur qu'en profondeur.
- une définition du bas du spectre peu cohérente. Ainsi, il est parfois difficile de suivre certaines parties de contrebasse en arrière-plan. De même, la finesse de jeu des bassistes est rarement restituée de façon cohérente : les fréquences fondamentales sont la, sans aucun doute, mais le dégradé harmonique semble toujours coloré, et les partiels toujours tronqués.
- les voies lead semblent souvent en retrait, comme si le chanteur se plaçait derrière la batterie.
- les timbres percussifs sont rarement justes. En particulier les caisses claires.
- sur des arrangements complexes dans lesquels de nombreuses parties sont jouées simultanément, le rendu me semble parfois brouillon, au point de perdre le suivi d'une ligne mélodique de deuxième ou troisième plan.
Si je pointe du doigt mon ampli, c'est que j'ai eu l'occasion d'en essayer d'autres, avec les mêmes sources et enceintes, et dans des conditions acoustiques assez similaires. Et j'ai pu apprécier le potentiel de mon installation.
Le PA-60 peut délivrer jusque 60W, et fonctionne en classe A jusque 8W sous 8 ohms. Dans les faits, cette polarisation n'est pas tenable, et à moins de changer une bonne partie des transistors tous les 3 mois, il est préférable de s'en tenir des valeurs moins agressives.
Pour ne pas dépasser 50 C au repos, après 1h de fonctionnement, il s'avère que le courant de repos maximal ne doit pas dépasser 0.55A. Sachant que mes enceintes présentent une impédance moyenne de 4 ohms, cela donne un fonctionnement en classe A jusque 0.6W !
Le plus gros défaut conceptuel, cependant, tient a son alimentation : un filtrage par 2 condos de 4700uF en parallèle pour chaque rail d'alim, et un câblage des conducteurs de retour des parties puissances et pré-amplification commun.
Ainsi, toutes les conditions sont réunies pour engendrer des intermodulations multiples, entres les voies G et D, entre les étages d'amplification en courant et tension, et aussi les 100 Hz et ses harmoniques issus du redressement et la modulation.
Une modification technique de l'alimentation pourrait peut-être améliorer certains des défauts de restitution cités ci-dessus !
La proposition de Francis dans BE quant a l'utilisation de filtrage C-LC, distincts par voie et par rail d'alimentation, ainsi qu'un câblage des conducteurs de retour rationnel ( pas en étoile, pas en ligne, mais... réfléchi ), m'a paru fort censée. Quelques calculs et simulations plus loin, en utilisant non pas une charge résistive, mais un réseau de sources de courant, diodes et résistances afin de simuler le comportement de mon ampli, et de valider a la fois la réponse du filtre en fonction de la fréquence de la modulation sur l'étage de puissance, j'en arrive à des valeurs de 22000 uF pour C, et 100 mH pour L.
Me voila parti à la recherche de selfs de 100mH, supportant jusque 5A. La recherche du Graal, a cote, ca doit pouvoir se boucler dans l'heure !
Sans compter les problèmes de cout et d'encombrement. A ce propos, j'attends toujours une réponse de Quarkconcept, dont la réactivité laisse quelque peu rêveur
Je décide de me rabattre vers un C-RC, avec des résistances de 1 ohm.
Bien sur, la simu est moins favorable. Les risques dintermodulation à basse fréquence sont plus importants, et la réjection des pics de redressement sera moins efficace, mais les résultats, sur la papier, sont sans commune mesure avec une simple capa.
Après quelques heures de reverse-engineering sur ce satané ampli, entièrement réalisé en PCB interconnectés par des barrettes HE-10, c'est a dire sans aucun câblage, puis encore quelques heures de modifications des cartes nécessaires, afin de découpler les différentes sections d'alimentations et chemins de masses, il me restait encore a faire rentrer mes 6 capas de 22000 uF ( Mundorf M-Lytic ) et 4 résistances de 1 ohm / 10 W ( des céramiques, inductives, ce qui dans ce contexte est tout a fait adapte ) dans la boite, et à re-câbler le tout !
Finalement, le transformateur a du être sorti du boitier original, et être intégré dans sa propre boite. Ce n'est pas idéal, mais je m'étais imposé des contraintes de couts qui m'empêchait de sortir toutes les alimentations dans un boitier externe. J'ai utilisé du câble torsade, non blindé, plaqué bien sur contre le fond métallique du boitier de l'ampli.
Les vérifications d'usage s'avérant concluantes, l'ampli est prêt à être branché sur mes enceintes, c'était dimanche soir, vers minuit
Comme les transistors de puissance chauffent beaucoup, et leurs drivers aussi, il faut attendre 1 heure, au minimum, avant de faire la moindre écoute. Je patiente donc un peu plus tard dans la nuit, peu importe, je ne serais quun peu plus fatigué pour attaquer la semaine !
Le résultat est surprenant, je vous livre mes impressions dans leur ordre d'arrivée, au fils des morceaux. En premier lieu, les voix instrumentales sont plus distinctes, en particulier les instruments utilisant les extrémités du spectre : contrebasse, basse, cymbales. Ensuite, la sensation d'espace : les enregistrements live délivrent un placement des instruments assez proche de la configuration de la scène, qui s'est élargie, allant, sur certains passages, jusqu'à largement dépasser les positions physiques des enceintes à gauche et à droite. De même, la profondeur de champ s'étage plus clairement.
Cependant, bien que les voix lead soient mieux positionnées, les sifflantes sont devenues plus prononcées, voire exagérées. Et la bande passante subjective présente une nette accentuation dans le haut du spectre.
Du coup, bien que les percussions soient plus distinctes, les attaques sont relevées, au détriment du naturel.
En conclusion, l'amélioration est flagrante et sans appel, objectivement. C'est un pas décisif vers une reproduction naturelle, encore, de la musique. Il devient alors légitime de se demander pourquoi si peu d'amplificateurs à transistors, présentés comme audiophiles, ne sont pas construits sur ce principe, dont l'impact sur le prix de vente serait significatif, mais justifiable.
Le lendemain soir, j'ai découplé les 4 capas de 22000 uF par des 8.2 uF MKP ( Mundorf MCAP )...
Fabien
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